Combien de temps dure le post-partum ?

On entend parfois dire que le post-partum dure 40 jours, ou deux mois, ou peut-être six mois. Quelle est donc la bonne définition ? Et pourquoi la réponse est-elle importante ?

Avant tout, je pense qu’il n’existe pas de réponse unique à cette question. La réponse est largement subjective et dépend de l’expérience de chaque personne : chaque maman est différente.

Le point de vue médical

Si l’on considère uniquement ce qui se passe sur le plan physique dans la période post-partum, il faut environ six semaines à l’utérus pour retrouver sa taille d’avant la grossesse, et six mois pour que les œstrogènes et la progestérone reviennent à leurs niveaux d’avant la grossesse. Mais résumer la période post-partum à de simples changements physiologiques ou hormonaux qui suivent un schéma précis est incroyablement réducteur et ne donne pas une image fidèle de ce qui se passe pour les nouvelles mamans.

La vérité est que, bien qu’il y ait des marqueurs physiologiques dans la progression du post-partum, le parcours de récupération et la transition que les mamans traversent, tant sur le plan physique qu’émotionnel, peuvent être très différents. Pour ne citer qu’un exemple, certaines femmes ont des muscles abdominaux et un plancher pelvien parfaitement fonctionnels après quelques mois, tandis que d’autres ont encore des problèmes plusieurs années plus tard, même en ayant fait une rééducation.

Le fait d’allaiter ou non a un impact sur les hormones, et l’allaitement prolongé a des conséquences telles que le redémarrage du cycle menstruel plus tard qu’il ne le ferait autrement. Lorsque l’allaitement prend fin, les niveaux d’ocytocine et de prolactine chutent, ce qui peut entraîner des symptômes physiques et émotionnels tels que la tristesse, les sautes d’humeur et l’insomnie. Et cela peut se produire bien plus tard que les six mois souvent considérés dans le monde médical comme la limite de la période post-partum.

Au-delà des changements physiques

La période post-partum n’est pas seulement un phénomène physique défini par l’état des hormones et des muscles : cette période est également déterminée par ce que l’on ressent (au-delà de l’impact des hormones sur les émotions) et par l’expérience personnelle que l’on a de la transition vers la maternité.

La maternité peut susciter toute une gamme d’émotions, allant du sentiment d’isolement et d’épuisement dû au fait de rester à la maison avec un bébé (souvent seule et parfois avec un soutien limité) jusqu’à la dépression postnatale. Elle peut également s’accompagner d’un deuil de la vie d’avant les enfants, même si l’on est heureuse d’être mère. La dépression postnatale, en particulier, peut durer des mois, voire des années, si elle n’est pas traitée, et représente un problème de santé mentale sérieux qui nécessite un suivi et un soutien.

Et au-delà des questions de santé mentale, le sentiment général d’être en post-partum peut s’étendre sur plusieurs années. Mon expérience personnelle a certainement été celle-là : au cours des trois premières années, pendant que j’allaitais, et bien au-delà de cette période, lorsque mes enfants avaient encore besoin de ma présence de manière très intensive et que je remarquais encore avec acuité à quel point mon corps avait changé, je me suis sentie dans la phase post-partum.

Une nouvelle vision du post-partum

Je pense qu’il est même utile de considérer qu’une personne qui a accouché est toujours en post-partum dans un certain sens. En tant que mère, on n’est jamais la même personne après la naissance qu’avant. Quelque chose a définitivement changé dans son identité. En outre, de nombreuses femmes – peut-être même la majorité – que j’ai rencontrées ont connu un changement à long terme après la naissance. Il peut s’agir de petits changements qui n’affectent pas vraiment la façon dont elles vivent ou bougent leur corps, ou de changements plus importants qui ont un impact significatif sur leur vie, que ce soit physiquement ou émotionnellement. Parmi les exemples les plus courants de ces derniers, il y a les dysfonctionnements du plancher pelvien entraînant des fuites urinaires, ainsi que les douleurs ou l’inconfort sacro-iliaques.

Ainsi, classer quelqu’un comme « n’étant plus en post-partum » n’est pas exact à mon sens. Surtout lorsqu’il s’agit de femmes qui sont peut-être 12 ou 18 mois post-partum et qui reçoivent des commentaires selon lesquels elles « ne sont plus en post-partum » et « ne devraient plus avoir de problèmes ». Cette période peut durer longtemps et chaque expérience est unique.

Peut-être considérer le post-partum comme un nouvel état dans lequel on se trouve après l’accouchement et qui n’est pas limité dans le temps, plutôt que comme une période définie (et généralement courte), est plus utile et plus réaliste ?

Il me semble essentiel d’aborder ce sujet, car le post-partum ne se limite pas aux changements physiques. Il englobe aussi la santé mentale et l’état émotionnel d’une personne. Des signes moins visibles, parfois difficiles à détecter, contribuent tout autant à définir cette période que la taille de l’utérus ou les niveaux hormonaux. En précipitant les femmes dans la transition postnatale ou en minimisant ses difficultés, on risque de les priver d’un soutien crucial, qu’il soit physique, mental ou émotionnel. Pour offrir une aide bienveillante et efficace, il est indispensable de reconnaître pleinement leur expérience, ainsi que d’encourager la compréhension de leur entourage et de la société.

Le contenu de cet article est à titre informatif uniquement et ne constitue pas un avis médical, un diagnostic ou un traitement. Demande toujours à ton médecin ou à un professionnel de la santé qualifié de te conseiller.